Le 2ème Régiment de Hussards pendant la guerre
et l'occupation allemande de 1939 à 1945

Hongroise

Article du Général Céroni (2ème Hussards 1940-1942)

publié dans les actes du colloque organisé à SAUMUR le 28 juin 1995, par l’UNABCC, sur le thème « 44-45, les Blindés de la Victoire »,
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A la mobilisation, le 3 septembre 1939, le 2ème Hussards à cheval, en garnison à Tarbes, au quartier Larrey, met sur pied un certain nombre de Groupes de reconnaissance de Division d'lnfanterie(GRDI). Le dépôt du régiment reste à Tarbes. Après l'armistice, signé le 22 juin 1940, le 2ème Hussards est reconstitué dans le cadre de l'armée de 100.000 hommes autorisée en métropole, dans la zone dite libre. Le régiment regroupe les rescapés des GRDI du 2ème Hussards et ceux des GRDI du 6ème Régiment de Dragons qui avaient pu se replier en Sud-Ouest.

Le Quartier Larrey à Tarbes

Le chef de corps est le colonel BOUTAUD de LAVILLEON; il a pour adjoint le lieutenant-colonel DESAZARD de MONTGAILLARD.

En cette fin d'année 1940, la ville de Tarbes est une garnison importante. Elle comprend, outre le 2ème Hussards à quatre escadrons à cheval et l'escadron Hors rang, l'Ecole de Cavalerie de Saumur repliée en zone libre, un bataillon du 18ème Régiment d'Infanterie dont le PC de régiment est à Pau, un Groupe du 24ème Régiment d'Artillerie dont le PC de régiment est à Toulouse et un Escadron du Train.

Personnellement, après avoir combattu comme sous-lieutenant, au 10ème Cuirassiers au sein de la 4ème Division Cuirassée, commandée initialement, comme chacun le sait, par le colonel de GAULLE, cette grande unité a été dissoute quelques jours après I'armistice alors qu'elle se trouvait au nord de Périgueux. J'ai alors été affecté au 2ème Régiment de Hussards après trois mois de complément de cours à l'Ecole de Cavalerie. J'ai donc vécu et bien connu la vie de ce régiment au cours de cette période de guerre.

Cette défaite, aussi rapide qu'inattendue, est pour nous tous durement ressentie. L'avenir apparaît incertain. En vériÎé, je dois dire qu'à cette date, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu connaissance de "l'Appel du 18 juin 1940" du général de GAULLE.

Vis-à-vis du maréchal PETAIN, chef de l'Etat Francais, les cadres et la troupe du 2ème Hussards, dans leur grande majorité, se veulent un comportement loyal.

D'ailleurs, l'on pense qu'il y a un accord tacite, voire secret, entre le Maréchal et le général de GAULLE qui a été à son cabinet, avant guerre.

Cet état d'esprit est conforté par les instructions, données aux régiments par le général WEYGAND aussitôt après la défaite, de camoufler le maximum de matériels, d'armes et de munilions des dépôts de l'ex armée francaise. La mission de coordination est confiée au commandant MOLLARD qui devient le chef du CDM (camouflage du matériel), mais pour les Allemands conservation du matériel. Au 2ème Hussards, le responsable du CDM est le lieutenant PLAUD, secondé d'une équipe restreinte d'officiers et de sous-officiers opérant spécialement de nuit avec la bienveillance de la gendarmerie.

Tout ceci est réalisé selon les directives d'une certaine hiérarchie mililaire.

Le général FRERE nommé Inspecteur de l'armée, a déjà jeté les bases de la Résistance. Il deviendra le chef de l'Organisation de Résistance de l'Armée. Lors de ses inspections en 1941, il disait haut et fort : "Fini de serrer des fesses, serrez des poings". Il a été malheureusement arrêté et déporté en juin 1943, au camp du Struthof où il mourra en 1944. Honneurs lui soient rendus.

Insigne du 2e Hussards 1940

La vie du régiment, du moins au 2ème Hussards, est celle de tout régiment de cavalerie à cheval à l'emploi du temps toujours chargé. Par ailleurs, l'accent est mis sur la levée, chaque jour, des couleurs, sur le retour à la nature, l'exécution de travaux de revalorisation, telle la réalisation d'une piscine, la pratique de sports virils, la méthode Hébert en éducation physique, etc... Le contact avec la population rurale est recherché par l'envoi, lors des week-ends, d'un peloton dans de petites communes afin de manifester la présence de l'Armée Française. A tour de rôle. les pelotons effectuent des séjours en montagne. Le régiment disposait d'une ex-ferme à Payole, près du col d'Aspin. En outre, à l'échelon de la Région, des stages de haute-montâgne dans les Pyrénées sont organisés pour les cadres, ainsi que leur envoi au centre de formation d'Omps, dans le Cantal.

Sur le plan militaire, nos exercices extérieurs ou en salle, soit à l'échelon escadron ou peloton, sont orientés sur l'emploi des blindés de reconnaissance. Par contre, le passage à la guérilla n'a pas été envisagé.

En conclusion, nous pensions qu'un jour ou l'autre, nous pourrions reprendre le combat dans le cadre des structures existantes en facilitant un débarquement allié sur la côte méditerranéenne ou dans la région de Bayonne. A noter que le commandement ne nous faisait aucune confidence en ce domaine. Ce ne fut qu'ultérieurement que, la plupart d'entre nous, avons appris que les huit divisions existantes de l'armée de l'armistice, devaient être en mesure de se dédoubler et ainsi pouvoir s'opposer dans une certaine mesure, aux forces allemandes.

Après I'occupation, le 11 novembre 1942, de l'Afrique du Nord par les Alliés, les unités allemandes envahissent la zone libre se répandant rapidement sur l'ensemble du Sud-Ouest et du Sud-Est de la France.

Le plan prévoyant la mobilisation des huit divisions de réserve n'a pu être appliqué. Dans les jours qui ont suivi, les Allemands, bien renseignés, exigent que la totalité des matériels, des armes et munitions camouflés depuis deux ans leur soit remis dans les meilleurs délais. 90% vont être malheureusement récupérés par l'ennemi. Le reliquat permettra ultérieurement, de remettre quelques armes aux maquis.

Le colonel de LAVILLEON quitte le commandement du régiment quelques jours avant le 11 novembre. Il est remplacé par son adjoint, le lieutenant colonel DESAZARD de MONTGAILLARD. Ce dernier a donc la lourde et ingrate charge de dissoudre le 2ème Hussards sous la pression ennemie et de lui livrer les chevaux, les matériels, les armes et munitions du Corps. Le Colonel, aidé de ses cadres, cherchera à en soustraire le maxirnum à l'ennemi. L'Etendard du régiment, sur l'initiative du commandant SPITZER, est sorti du Quartier Larrey à la barbe des Allemands, par Mademoiselle LARAN, secrétaire au régiment. L'emblème va être caché au domicile du commandant SPITZER ainsi que tous les souvenirs et trophées de la salle d'honneur.

Cadres et troupe, ne comprennent pas pourquoi le maréchal PETAIN n'a pas rejoint I'Afrique du Nord à l'entrée des Allemands en zone libre. C'est une grande déception. Tous les espoirs reposent sur le général de GAULLE.

Après avoir été mis en congé d'armistice, le 27 novembre 1942, les personnels du 2ème Hussards, comme ceux de l'ensemble de la garnison tarbaise, s'interrogent sur leur avenir. La plupart, trouveront un emploi, soit dans des services dépendant de la Préfecture (gardes civiques ou gardes voies et communications), soit dans le secteur privé.

Profilant de la proximité de la frontière franco-espagnole, et de ce que cette zone frontalière n'est pas encore sérieusement verrouillée par l'ennemi, quelques officiers et sous-officiers vont réussir à passer en Espagne en vue de rejoindre l'AFN. Les colonels de LAVILLEON et de MONTGAILLARD seront de ceux là. D'autres cadres, plus nombreux, pour des raisons diverses, ont préféré rester en France et plus spécialement dans la région tarbaise. Les personnels troupe, démobilisés, rejoindront, si cela leur est possible, leurs familles.

Dès décembre 1942, spontanément, des cadres s'organisent afin de résister à l'occupation. Le capitaine BALADE, de l'ex-2ème Hussards, dans ce but, rencontre le commandant André POMMIES, ancien du l8ème RI de Pau et démobilisé de l'EM de la 17ème Division de Toulouse, qui vient de jeter les bases de la création d'un Corps Franc sur l'ensemble des déparlements du Sud-Ouest. ll sera ultérieurement intégré à l'Organisation de Résislance de l'Armée (ORA).

Etoile du Corps Franc Pommies

Les cadres de l'ex-2ème Hussards vont constituer un important pourcentage dans l'encadrement du bataillon mis sur pied en Haute-Pyrénées. De jeunes lieutenants se verront confier le commandement de compagnie. Le capitaine de MAUPEOU prendra le commandement du bataillon des Hautes-Pyrénées, tandis que le commandant de CARRERE prendra celui des Basses-Pyrénées, tous deux ont appartenu au 2ème Hussards, un bon nombre de sous officiers se verront confier le commandement de sections. Partis au maquis avec leurs hommes, le 6 Juin 1944, ils participent à la guérilla et aux combats de la Libération, en Sud-Ouest; puis ils poursuivent l'ennemi en fuite. Ce sont alors les combats d'Autun, des Vosges, d'Alsace et d'Allemagne, jusqu'à la victoire.

Le Sud-Ouest libéré, le 2ème Hussards se reconstitue sur de nouvelles bases. Il a pour origine le regroupement, après avoir combattu, de trois maquis à vocation cavalerie, en novembre 1944, dans.la région de Vic en Bigorre (nord de Tarbes), à savoir :

- un escadron du maquis de la Montagne Noire venant de la région de Dijon, commandé par le lieutenant ROUSSAC;

- un escadron du maquis du Charolais, venant de Nemours;

- un escadron du maquis de Lorris, aux ordres du lieutenant colonel O'NEIL, qui après avoir combattu aux côtés de la 2ème DB dans la région parisienne, amène cet escadron en Sud-Ouest, à Tarbes.

Le Quartier de Sonis à Orléans

L'ensemble de ces éléments est à la base de la création du 1er Régiment de Cavalerie de Bigorre qui donne naissance, le 19 décembre 1944, au 2ème Régiment de Hussards, par Décision n°39 du général COLLET, commandant la 17ème Région militaire. Le commandement de ce régiment est donné au lieulenanl colonel DARIZTUREN.

Après une période d'instruction, le nouveau 2ème Hussards est dirigé, courant 1945, sur le sud-est de la France en vue d'occuper un secteur en ltalie. Aucune suite n'ayant été donnée, le régiment est envoyé en République Fédérale d'Allemagne occupée, à Mulheim, province de Bade, courant 1945. Le 16 février 1946, le régiment est dissous et ses éléments répartis dans les régiments de cavalerie des unités en occupation.

Le même jour, le 4ème Hussards en garnison à Orléans, est dissous et prend l'écusson du 2ème Hussards aux ordres du lieutenant-colonel SALESSE-LAVERGNE.

Le 2ème Hussards quittera Orléans pour rejoindre sa garnison actuelle, Sourdun près de Provins, dont le chef de corps actuel est le colonel MARTIN. Cette unité comprend quatre escadrons équipés d'AMX 10 avec canons de 105 et un escadron antichars doté de missiles Milan.

Général CERONI

Général Marcel CERONI

Le Général Marcel CERONI, comme il l'évoque dans son article ci-dessus, combat en 1940 dans les chars puis sert au 2ème Hussards à Tarbes, dans l'Armée d'Armistice. Il fait partie de ces cadres qui choisissent de poursuivre la lutte sur le sol national au sein de la Résistance. Il commanda une 1/2 brigade (environ 750 hommes) au maquis au sein de ce corps franc et est l'auteur de livres sur cette période dont il s'est efforcé de maintenir la mémoire :

Histoire du Corps Franc Pommiès - 49e R.I. :
- Tome I , "La Clandestinité" 260 pages publié en 1980
- Tome II, "La Lutte Ouverte" 630 pages publié en 1984.

Ces deux tomes, ont été réédité en 2007 et certains extraits publiés, avec son autorisation, ont permis de réaliser un site très intéressant dédié au Corps Franc Pommies.

Images du Corps Franc Pommiès - 49ème RI sur le site de l'ECPAD

Le Général Marcel Céroni, décédé le 7 juillet 2012 dans sa 98e année était :

- Grand-officer de la Légion d'Honneur (16/10/1996)
- Grand-croix de l'Ordre National du Mérite (J.O. du 24/12/2005)
- Médaille de la résistance
- Croix de guerre 39 - 45 ; Médaillé de la Résistance,
- Croix des Théâtres d'opérations Extérieurs.
- Croix de la valeur militaire.

Il totalisait 14 titres de guerre dont 9 citations (trois à l'ordre de l'Armée) et 3 blessures.

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