Hussard de 1ère Classe Pierre Lamarque

Tarbes 1920 - 1922

Hongroise

Monsieur Patrick Camedescasse, petit-fils d'un Chamborant ayant servi au sein du régiment après le 1er Conflit mondial, nous a fait parvenir des documents et photos de son grand-père dont il a fait don à la salle d'honneur. Ces souvenirs seront mis en valeur par notre Officier Traditions, le Chef d'Escadrons (R) Massoni et perpétueront la mémoire de ce Chamborant, mobilisé lors du 2ème Conflit mondial dans l'Artillerie et qui a souffert ensuite dans les camps de prisonniers, comme sans doute bien d'autres Chamborant. Cette page qui lui est dédiée vise le même objectif, elle est le fruit des pièces ici présentées, de recherche sur Internet (Registre militaire en ligne) et du chapitre qui lui est consacré dans le livre écrit par le donateur sur les parcours militaires de ses ancêtres et descendants.

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Le Hussard Pierre Lamarque au 10e puis 2e Régiment de Hussards à Tarbes

Livret militaire du Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1920
Intérieur du livret cliquer et faire défiller

Livret militaire du Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1920

Pierre Lamarque est né le 11 avril 1900 à Captieux, en Gironde (33). Il est le fils de Jean Lamarque et de Marguerite Bridet résidants de cette même commune au moment de son enregistrement.

Selon le registre militaire de la classe 1920 du département de la Gironde (pages 229 et 230), il a les cheveux châtains et les yeux marrons, le front couvert, le nez rectiligne et exerce le métier de cultivateur (corrigé par la suite en cantonnier).

Matricule N°196, il figure au N° 20 sur la liste du canton de Captieux et dans la première partie de la liste en 1918. Il est appelé avec la classe 1920 à effectuer son service militaire et est incorporé à Tarbes au 10ème Régiment de Hussards le 18 mars 1920. Il rejoint le lendemain comme Hussard de 2ème Classe. Son livret mentionne "sait lire et écrire".

Pendant son séjour sous les drapeaux et à Chamborant en particulier, Pierre Lamarque bien que n'ayant jamais touché un sabre est formé est détecté par les spécialistes comme un excellent escrimeur. Il obtient le brevet de prévôt d'escrime le 11 juin 1921 (voir infra).

Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 - Photo des instructeurs d'escrime

10e Régiment de Hussards - Quartier Larrey - Tarbes

Le 7 juillet 1921, il est promu Hussard de 1ère Classe et le 1er août 1921, il passe au 2ème Régiment de Hussards suite au changement de nom du 10ème Hussards. Il sert au 2ème Escadron - 4ème Peloton.

Très apprécié de sa hiérarchie il "ferraille" avec les officiers. Son entourage lui fait comprendre qu'il serait bon pour lui de laisser gagner ses adversaires officiers, afin de bénéficier de certains avantages ... Pour lui, pas question de ses laisser "acheter".

Par orgueil et avec un énorme amour-propre, proche de l'entêtement et surtout parcequ'il est grand joueur, il combat pour gagner ses duels et ... il les gagne !

A la fin de son service militaire, ses qualités d'escrimeur lui valent une demande pressante de son chef de corps de rejoindre le Bataillon de Joinville, unité accueillant les sportifs de diverses disciplines, mais, ayant des idées politiques bien ancrées à gauche, il refusa finalement de faire carrière et repartit vers son village natal où il exerça le métier de cantonnier. Au cours de ses deux ans de séjour au régiment il a bénéficié de 88 jours de permissions étalés sur ses 730 jours de service militaire.

Le temps lui semble long malgré tout, surtout à la fin de ces deux années. Il recopie des chansons et des poèmes dans des cahiers ; outre quelques chansons dédiées aux femmes, quelques unes qui devaient dater de la guerre de 14 trés évocatrices... quelques titres: "La petite femme des démobilisés", "Quand on vient en permission", "La discipline". Ces chansons relatent bien les pensées et la vie de nos poilus dans les tranchées et donc juste après guerre.

Des notes sur un carnet de chansons et de poèmes écrits de sa main mentionnent "Copié le 16 Février pour oublier le cafard et passer ces longues heures d'ennuis mais c'est du 26 jours pour la fuite à Captieux". Une autre "Copié par Lamarque Pierre qui attend la classe avec impatience mais c'est quand même du 10 au jus et la fuite pour Captieux le pays des belles filles..."

Certificat de bonne conduite du 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1920

Bon de transport pour son retour à la vie civile du Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1920
Fascicule de mobilisation du Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 - recto

Remis dans la disponibilité et versé dans la réserve de l'armée active en mars 1922, il se voit attribuer un certificat de bonne conduite pour le temps passé sous les drapeaux, signé du Colonel Pichon-Vendeuil, chef de corps du 2ème Régiment de Hussards, en date du 24 février 1922 (ci-contre).

Il rejoint son village de Captieux, au moyen du bon de transport délivré par les services administratifs du 2ème Régiment de Hussards (voir ci-contre) et des huits francs et quatre-vingt quinze centimes que coûte ce billet de train à l'époque.

Il effectue, dans le cadre d'une convocation de la réserve opérationnelle une période d'un mois dans ce même régiment du 10 août au 9 septembre 1927.

Il est ensuite versé dans l'Artillerie, successivement au 118ème Régiment d'Artillerie de Réserve (RAR), le 18 août 1928, au Centre Mobilisateur d'Artillerie N° 18 (CM ART 18) le 28 novembre de la même année, puis au Centre Mobilisateur d'Artillerie N°38 (CM ART 38) le 1er mai 1932.

Le fascicule de mobilisation (Fascicule A), à l'intérieur de son livret militaire (ci-contre), fait apparaître que, dépendant de la 18ème Région Militaire et au bureau de recrutement de Bordeaux, appartenant à la classe 1920 il sera affecté en cas de mobilisation au centre de mobilisation d'artillerie N°38 de Rochefort-sur-Mer.

L'ordre de route signé du commandant du recrutement de Bordeaux en date du 15 avril 1935 lui enjoint de se présenter le 1er jour de la mobilisation dès 8 heures à la gare la plus proche de son domicile et de se présenter au chef de gare muni d'un jour de vivre (et de son casque s'il en possède un). De là il voyagera gratuitement jusqu'à Rochefort-sur-Mer et sera dirigé à l'arrivée sur la fonderie de Marine.

Selon l'ouvrage de son petit-fils, il prêtera peu d'attention à ce document, préférant conduire la grève locale des résiniers. Syndicaliste reconnu c'est un vrai meneur, il participe très activement ce mouvement.

Quelques incartades, un dénonciation l'amènent devant les gendarmes. Il ne sait rien, ne reconnaît rien et avec la complicité de personnes influentes ? ... il s'en sort sans honneur mais libre et innocent.

Hussard Pierre Lamarque - à cheval au 10e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 Hussard Pierre Lamarque au pansage - 10e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 - corvée d'écurie Brevet de prévot d'escrime du Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 10e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 - Photo de groupe Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 10e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 - Photo de groupe (au centre avec béret)
Hussard de 1e Classe Pierre Lamarque - 2e Régiment de Hussards - Tarbes 1922 - Photo de groupe - La Classe 1920 ?

Photos de la période
1920-1922

Hussard Pierre Lamarque - 10e Régiment de Hussards - Tarbes 1920 (au centre avec béret)

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Le Hussard Pierre Lamarque artilleur et prisonnier en 1939 - 1940

Artilleur de 1ère Classe Pierre Lamarque - 14e RAD au front hiver 1939-1940 - debout au centre

Artilleur de 1ère Classe Pierre Lamarque - 14e RAD au front hiver 1939-1940 - 2e rang - 2e à partir de la gauche

1939 arrive bien trop vite ; comme prévu dans son livret de mobilisation, Pierre Lamarque est rappelé à l'activité lors de la mobilisation générale le 1er septembre 1939 au Centre Mobilisateur d'Artillerie N°38 de Rochefort-sur-Mer et affecté au 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaire (14e RAD), au sein de la Division d'Infanterie de la 35e Division d'Infanterie.

Marié, il regrettera, dira-t-il, de n'avoir eu qu'une fille, car avec deux enfants il aurait "sauté deux classes" et n'aurait pas fait la guerre. Il a 39 ans... et, est devenu un antimilitariste convaincu.

Pour ne pas avoir à combattre, il annonce une profession "d'épicier". Il est engagé au ravitaillement de sa division (en fait son ordre de démobilisation le note comme ayant tenu au corps (14e RAD) le Service du Ravitaillement du 1er Groupe [du régiment]). Sachant très bien compter, il engrange et distribue la nourriture tant aux hommes qu'aux animaux.

Il reviendra par deux fois en permission à Captieux.

Note manuscrite retraçant sa guerre de 1939-1940 par l'Artilleur de 1ère Classe Pierre Lamarque du 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaire

Il est engagé sur la frontière, en Lorraine puis dans les Ardennes, sur plusieurs secteurs répertoriés sur une note manuscrite de sa main (ci-contre) :

Il est fait prisonnier dans la forêt de Goviller 1 (Meurthe et Moselle) - 5 km Nord-Ouest de Vézelise - le 21 juin 1940 et dirigé vers l'Allemagne, tout d'abord sur le Stalag IIIB à Fürstenberg (sur l'Oder à l'Ouest de la frontière polonaise) - il porte le matricule 34248 IIB - puis le Stalag IIIA, à Luckenwalde (dans le Brandebourg, au Sud de Berlin).

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1 - Plusieurs orthographes figurent pour Goviller (y compris dans la note de l'intéressé supra et dans la fiche démobilisation infra) mais selon le journal de marche et des opérations, c'est bien dans la région au Sud de la Moselle que ce sont rendues les unités de la 35e Division d'Infanterie en juin 1940 (il est fait allusion à Un armistice local qui est signé près de Thuilley-aux-Groseilles (Meuse) le 22 juin 1940.

Artilleur de 1ère Classe Pierre Lamarque du 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaireau Stalag IIIB 1er rang  - 2e en partant de la gauche Verso d'une carte envoyée par l'Artilleur de 1ère Classe Pierre Lamarque du 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaire au Stalag IIIB Artilleur de 1ère Classe Pierre Lamarque du 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaire au Stalag IIIB 1er rang  - 2e en partant de la gauche Fiche de démobilisation de l'Artilleur de 1ère Classe Pierre Lamarque du 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaire

En 1943 il est rapatrié et libéré malade le 10 février 1943 dans un état de santé lié notamment à des conditions alimentaires et sanitaires très dures, dont il a visiblement beaucoup souffert, comme en témoigne son registre militaire. Il est en convalescence à l'hôpital jusqu'au 18 avril 1943.

La 35e Division d'Infanterie

Sources : Forum ATF 40 - Armée Française 1940 et Militaria 1940 - Les insignes de l'Artillerie Française.

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Le 10 mai 1940, la 35e DI, sous les ordres du général Decharme, est rattachée au 12e Corps d'Armée qui est intégré à la 5e Armée.

Insigne du 29e Groupe de Reconnaissance de Division d'Infanterie (35e Division d'Infanterie)
Insigne du 29e GRDI
aux couleurs de Chamborant

À cette date la 35e Division d'Infanterie se compose de :

et tous les services (Sapeurs mineurs, télégraphique, compagnie auto de transport, groupe sanitaire divisionnaire, groupe d'exploitation etc.).

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2 - Le 29e GRDI est une unité dérivée du 2e Régiment de Hussards, Pierre Lamarque a ainsi sans doute cotoyé d'anciens camarades de Chamborant au sein de sa division.

Historique 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaire en 1940

Insigne du 14e Régiment d'Artillerie Divisionnaire - Régiment d'Artillerie de la Division d'Infanterie
Insigne du 14e RAD

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Certains réservistes des régiments d'artillerie de la 35ème DI approchaient la quarantaine, les hommes étaient originaire du sud-ouest. A la mobilisation le 14ème RA avait 36 pièces de 75.

Canon de 75 en 1940 tel que ceux armant le 14e RAD
Canon de 75 en 1940 tel que ceux armant le 14e RAD

Le 14ème RA est formé par l'annexe du CMA 38 de ROCHEFORT (CMA 38) Formé le 09 septembre 1939, il est composé d'une Batterie Hors Rang (BHR), de trois groupes de 75 et d'une Batterie Divisionnaire Anti-Chars (BDAC) de 75 ou de 47.

Le Colonel ROYAL est son chef de corps il a pour adjoint le Capitaine BERCHON. Le 1er groupe est commandé par le Commandant GUINCHAN avec pour adjoint le Capitaine REY. Le 2ème groupe est commandé par le Commandant MILLET jusqu'au 15 avril puis par le Commandant MONTABERT qui arrivera début mai, l'adjoint est le Capitaine FALCETO. Le 3ème groupe est commandé par le Commandant PALUSTRAN, il a pour adjoint le Capitaine MASOUNABE.

Le régiment quitte le 15 septembre le sud-ouest en train pour la Lorraine et il arrive le 20 septembre à son lieu de stationnement : Les BARAQUES et SAINT-LOUIS.

Le 29 septembre le régiment gagne de nouvelles positions sur le plateau de Rohrbach. Début octobre la division doit gagner les avancées de la position fortifiée de ROHRBACH pour relever une fraction de la 23ème DI et une fraction de la 15ème DI. dans la nuit du 3 au 4 la division tient un créneau du front coiffant la ligne fortifiée. En avant, elle a un détachement avancé dont fait partie un groupement d'artillerie aux ordres du LCL ROYAL (PC à NEUMUHL) composé de deux groupes mixtes formés en partie par 2 batteries du 14.

Le reste de la DI stationne sur la ligne MAGINOT et en arrière. Le reste de l'artillerie est à l'arrière de la ligne fortifiée, avec le 2ème groupe du 14ème à GUISBERG.

La DI sera relevée à partir du 15 novembre et les dernières formations d'artillerie dans la nuit du 20 au 21 novembre. Elles s'achemineront vers la région de BOUXWILLER à travers la fôret d'INGVILLER. Dès le 22 novembre tous les corps de la division occupent leurs nouveaux cantonnements, le 14ème est à KIRWILLER. le 1er groupe GRIESBACH, 2ème groupe RIEDHEIM, 3ème groupe RINGENDORF.

Début février la division doit relever la 70ème DI dans le secteur de PECHELBRONN. Pour l'artillerie l'échange des matériels doit se faire sur la position même de façon à éviter dans la mesure du possible le roulage à cause du verglas des premiers jours de février. Ce secteur de la 35ème DI sera souvent appelé secteur de WISSEMBOURG ou de MORSBRONN car parsemé de souvenirs d'août 1870. Le dispositif du 14ème RAD est le suivant, EM SCHONENBOUG village; 1er groupe BIRLENBACH; 2ème groupe SCHONENBOURG village; 3ème groupe KEFFENACH.

La 35ème DI fut relevée début mai pour gagner un repos dans la région de BRUMATH. Les cantonnements du 14ème RAD étaient les suivants : EM BERNOLSHEIM; 1er groupe BATZENDORF; 2ème groupe OHLUNGEM; 3ème groupe WEITBRUCH.

La DI reçoit l'ordre d'embarquement à compter de la nuit du 20 au 21 mai. L'embarquement de la DI s'effectue aux gares de BRUMATH, HOCHFELDEN, MERTZWILLER, BOUXWILLER, VENDENHEIM et WASSELONNE par 57 trains. Le voyage de la DI s'effectue sans encombre par SARREBOURG, NANCY jusqu'à LEROUVILLE où les trains sont aiguillés vers les zones de cantonnement autour de BAR-LE-DUC. La division est en réserve du GQG mais stationne sur le territoire de la II° Armée.

Les arrivées des trains sont prévues sur une période de trois jours. La journée du 21 mai se passe sans incident. Dans la journée du 23, l'arrivée à NICEY du régulateur routier apporte une modification importante à la situation. La zone de stationnement de la DI est reportée dans la région sud de SAINTE-MENEHOULD. Les éléments hippo et auto déjà arrivés dans la zone de NICEY feront mouvement de nuit par leurs propres moyens.

Vers 18h00 le régulateur routier revient au PC de NICEY. Les ordres sont modifiés, il a dérouté les camions avec l'infanterie qui, au lieu de gagner le sud de Sainte-MENEHOULD, ont été dirigés au nord de GRANDPRE et de l'Aire, dans la région ouest de BUZANCY, dans le triangle GERMOND, AUTHE, AUTRUCHE. Le régulateur annonce en outre que toute la DI va suivre ce mouvement et qu'elle sera immédiatement engagée aux abord de sa zone de débarquement.

Au 24 mai la division est étirée sur une centaine de kilomètres en plusieurs groupements très éloignés les uns des autres. Les convois auto sont sur la route; l'artillerie légère, qui a débarqué de chemin de fer, s'achemine en trois étapes vers l'Aire.

A partir du 24 jusqu'au 27 mai les troupes prenaient position sur la position défensive déployée du CHESNE-POPULEUX au nord-ouest de BUZANCY. Le 26 mai l'artillerie de la 35ème DI n'était pas encore sur place et le XXIème C.A. lui met à sa disposition l'artillerie de la 3ème D.I.M. et l'artillerie de la 3ème DCr. Après la montée en ligne des 14 et 214ème RAD l'artillerie organique de la 35ème DI, les régiments de renforcement demeurèrent en position jusqu'au 7 juin et participèrent à la défense du secteur de BRIQUENAY. Ce renforcement permit de donner à chacun des 3 sous-secteur un groupement d'appui direct de 3 groupes (1 groupe du 14° et 2 groupes de renforcement). A partir de ce moment les groupes du 14° R.A.D. partagent jusqu'à la fin le sort des régiments d'infanterie qu'ils appuyent : à gauche 1er groupe le 21ème RMVE; au centre le 3ème groupe le 11ème RI; à droite le 2ème groupe le 123ème RI.

A compter du 11juin la division retraite vers le sud en trois groupements de marche. A gauche, c'est le 21°, groupement DEBUISSY, renforcé par la 601ème Bat antichar et appuyé par le 1er groupe du 14ème RAD qui suit en lisière ouest de l'Argonne, par la Croix-aux-Bois et Sainte-MENEHOULD. Au centre, le groupement PAMPONNEAU, avec le 11ème RI appuyé par le 3ème groupe du 14ème RAD, a comme itinéraire la route qui traverse l'Argonne, nord-sud, par La HARAZEE, les ISLETTES, la CHALADE. A droite le groupement d'OLCE, avec le 123ème RI renforcé par la BDAC du 14ème RAD et appuyé par le 2ème Groupe, qui marche entre l'Argonne et la Meuse, par VARENNES et CLERMONT.

Durant leur retraite jusqu'au 16 juin aucun matériel n'est resté en route, les camions en panne ont suivi à la remorque, les voitures marchent au pas lent de leurs attelages; il ne manque à la division qu'un seul canon du 1er groupe du 14ème RAD qui a éclaté dans le secteur de BRIQUENAY.

A partir du 16 juin tout change. La mission de la Division sera essentiellement de se sacrifier pour permettre aux autres troupes de se replier. pour ce sacrifice elle sera renforcée par le GRCA 14 du Colonel GALLINI et d'une compagnie de chars légers. Les ordres sont de se battre, à la fois face au nord et face à l'ouest, sur l'Aire d'abord, puis, s'il le faut, adossée à la Meuse qu'elle ne devra franchir sous aucun prétexte. Sa résistance escomptée permettra de sauver les débris du XXIème C.A. et, grâce à cette résistance, les autres troupes qui ont retraité par la rive gauche de la Meuse pourront passer la rivière à Saint-Mihiel, à Sampigny, à Commercy, puis ce passage effectué, les ponts sauteront et la 35ème D.I. qui aura résisté jusqu'à la Meuse rompra le combat, avec les effectifs qui lui resteront, à la faveur de l'obscurité, et cherchera en glissant vers le sud par la rive gauche de la Meuse, entre la rivière et l'ennemi, à gagner la région de Vaucouleurs, après avoir passé le canal à Void. Là, dans les bois de Vaucouleurs, après l'effort accompli et les sacrifices consommés elle pourra, lui promet-on, se reposer pendant 48 heures, derrière une ligne de recueil tenue par des troupes fraîches.

Le 16, la pression se fait plus active et plus violente sur tout le front de la division. A partir de 17h30, le 14ème RAD ramène ses avant-trains sous le feu de l'infanterie ennemie. Au 3ème Groupe, sept pièces, qu'on ne peut enlever, sont mise hors services et abandonnées complètement inutilisables.

Par Mesnil-aux-Bois et Sampigny, les débris de la 35ème DI qui ont résisté jusqu'au soir et dont certain éléments se battent encore pour protéger la retraite, ont atteint la route de Saint-Mihiel à Commercy. Ainsi sur les deux rives de la Meuse, les gros étant sur la rive gauche et les éléments lourds constitués par les convois sur la rive droite, fantassins, cavaliers,artilleurs se pressent. Ils ont conscience de s'être bien battus depuis le 24 mai, d'avoir rempli leur mission jusqu'au bout; ils ont l'espérance du repos qu'on leur a promis, et, dans la nuit, gagnent Void, d'où ils sont aiguillés aux premières heures du 17 juin sur les bois de Vaucouleurs. Là, confiants dans les promesses qu'on leur a faites et réitérées encore la veille au soir, ils tombent épuisés.

Le 17 au matin, les unités de la 35ème Division se sont regroupées. L'artillerie est pratiquement intacte, il ne lui manque que les pièces éclatées ou rendues inutilisables pendant le séjour en secteur; une au 14 et deux au 214, ainsi que celles qui ont été abandonnées, hors de service, la veille au nombre de sept.

Officiers et soldats de la division se reposent. La confiance règne, on espère en ces quelques heures de repos annoncé.

Le repos, hélas, ne dure pas. Vers 10 heures, quelques éléments rapides ennemis arrivent en vue du canal. Vers midi leurs reconnaissances sont plus nombreuses. Le long du canal, les groupes ennemis sont de plus en plus actifs, leur densité augmente.

Dans l'après-midi du 17, un nouvel ordre de repli intervient, il faut passer sur la rive droite de la Meuse. L'obstacle sera plus puissant que celui du canal, qui est déjà franchi par des reconnaissances enemies. Le passage de la Meuse est exécuté sans encombre, à peine est-il gêné par le tir de l'artillerie ennemie.

Dans la soirée, la 35ème DI entière est sur la rive droite, où règne un désordre indescriptible. dans le courant de la nuit l'Etat-Major se transporte à mont-le-Vignoble, où il prend pour la dernière fois contact, dans la matinée du 18 juin, avec l'Etat-Major du 21ème C.A. et où pour la dernière fois aussi, il se retrouvera avec le détachement lourd du Quartier général.

Dans la matinée du 18, l'Etat-Major de la DI est transféré à Ochey, où il demeure jusqu'au 19 au soir. Les troupes sont maintenant engagées au profit de certaines autres grandes unités moins éprouvées. Le 18, par exemple, toute l'artillerie est mise à la disposition de la 6ème DINA.

Le 19 vers 17 heures, la 35 DI regroupe à nouveau son dispositif et se concentre autour de Thuilley-aux-groseilles et du bois de Fays.

Le 22 au matin sera signée la convention faisant cesser le feu.

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